Golfe : le pétrole repart, mais le risque énergétique se déplace

ÉCONOMIE

Rédigé par : Ilhem Meghrici, Stanyslas Mathieu - Édité par : Anna Eliza Predoiu

10/13/20264 min read

Photo: Yeshtokyn, O. (2025, January 2). Illuminated ship deck with cranes operating at night [Photograph]. Pexels. https://www.pexels.com/photo/industrial-ship-deck-with-cranes-at-night-30049596/

En septembre, les exportations de pétrole du Golfe ont presque retrouvé leur rythme d’avant-guerre. Hors Iran, les flux de brut sont revenus à près de 90 % de leur niveau précédent, alors que les produits raffinés ne sont remontés qu’à environ 60 % (Ghaddar, 2026, Paragraphe 5). Le problème n’est donc plus seulement d’exporter le pétrole, mais aussi de disposer des capacités nécessaires pour le transformer et l’acheminer jusqu’aux marchés consommateurs.

La reprise reste fragile. Après avoir dépassé 14 millions de barils par jour fin septembre, les flux de brut à travers Ormuz sont retombés autour de 10,1 millions début octobre, soit 74 % du niveau d’avant-guerre (Tan, 2026, Paragraphes 3-4). Durant le week-end, un pétrolier a été frappé par un drone près de Sohar, à Oman, et un autre endommagé dans le détroit, confirmant que la reprise des flux ne signifie pas un retour à la normale (Kearney & Nasralla, 2026, Paragraphes 5-6).

Cette instabilité entretient une deuxième contrainte : le transport maritime. Début octobre, affréter un supertanker du Golfe vers l’Asie pouvait dépasser 1,2 million de dollars par jour, contre 30 000 dollars en janvier (Bousso, 2026, Paragraphe 22). Selon Poten & Partners, le fret représente près de 27 % du coût livré d’un baril sur certaines routes, contre 3 % avant la guerre (Ibid., Paragraphe 23).

Le raffinage reste l’un des principaux points de tension à l’approche de l’hiver. Près de 20 raffineries du Moyen-Orient ont été touchées depuis le début du conflit, retirant plus de 2,3 millions de barils par jour de capacités (Maguire, 2026, Paragraphe 9). Russell Hardy, directeur général de Vitol, estime que les marchés de produits raffinés resteront tendus pendant l’hiver (Harvey & Nasralla, 2026, Paragraphe 2). L’AIE accélère aussi la mise sur le marché d’environ 100 millions de barils encore prévus par son programme d’urgence, avec priorité au diesel (Abnett & Hansen, 2026, Paragraphes 3-7). Ces volumes peuvent apporter un répit, mais ils ne recréent pas les capacités perdues.

La tension énergétique peut alors se diffuser à l’économie réelle. Le diesel pèse sur le transport, l’agriculture, la construction et l’industrie, tandis que le kérosène affecte le transport aérien. Si ces surcoûts persistent, ils peuvent alimenter l’inflation. La Banque du Canada estime que les prix de l’essence correspondaient à ceux normalement observés avec un pétrole près de 40 dollars américains plus cher (Macklem, 2026, Paragraphe 36).

Le risque est plus marqué pour les économies importatrices disposant de peu de marge budgétaire. Le 11 octobre, la Banque mondiale indiquait discuter d’une aide de crise avec 30 à 40 pays ; les pays en développement doivent environ 400 milliards de dollars à leurs créanciers extérieurs en 2026 (Shalal, 2026, Paragraphes 1, 5 et 7). En France, le mécanisme est différent : le rendement à dix ans a frôlé 5 %. Les tensions restent d’abord budgétaires et politiques, mais la hausse de l’énergie renforce les craintes d’inflation et de coûts de financement élevés (Reuters, 2026, Paragraphes 3-4).

Le Golfe prépare l’après-crise. Après avoir remis en service son oléoduc Est-Ouest vers Yanbu, l’Arabie saoudite veut porter jusqu’à 10 millions de barils par jour sa capacité d’exportation de brut par oléoducs. La conversion temporaire d’un gazoduc pourrait ajouter 1,2 million de barils par jour dans les prochaines semaines (Reuters, 2026, Paragraphes 1-5). 

TotalEnergies envisage aussi des investissements dans les infrastructures reliant les Émirats à Fujairah et dans une éventuelle route entre l’Irak et la Syrie. D’autres groupes étudient des corridors vers la Méditerranée (Nasralla et al., 2026, Paragraphe 7). Patrick Pouyanné résume ce changement par le passage d’une logique de flux optimisés à une logique de résilience. La crise montre ainsi que le retour du brut ne suffit pas à normaliser le marché : la sécurité énergétique dépend désormais autant des raffineries et des routes disponibles que des volumes produits (Ibid., Paragraphe 3).

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